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Nepal Swiss Cooperation Covid-19

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Interview de Madame Elisabeth von Capeller, ambassadrice suisse au Népal.

« La coopération dans le développement doit pouvoir être facile à gérer à plus long terme. »

Fin Mars, l’ambassade de Suisse située au Népal a veillé à ce que les voyageurs en provenance de la Suisse et d’autres pays européens puissent accéder à Katmandou pour pouvoir prendre un vol depuis la capitale vers l’Europe. La Suisse n’est pas moins engagée dans la lutte contre la COVID-19 au Népal. Sa présence de longue date et son étroite coopération avec le Népal y contribuent, déclare Elisabeth von Capeller, l’ambassadrice suisse à Katmandou.

08.05.2020

Quels sont les principaux défis auxquels le Népal est confronté dans la lutte contre la COVID-19 ?

Le ministre népalais des finances souligne à plusieurs reprises « que la COVID-19 n’est pas seulement une crise sanitaire mais aussi une crise sociale et économique qui affecte les institutions et les systèmes. Il ne s’agit pas d’une crise humanitaire et nos réponses doivent donc être appropriées ». Cela signifie avant tout qu’il faut s’attaquer immédiatement à la crise sociale et économique et ne pas contourner les institutions existantes.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour le pays ?

Le Népal a l’un des systèmes de santé les plus faibles au monde et ne peut qu’essayer d’enrayer la propagation par des mesures préventives. Le pays n’est pas suffisamment équipé pour traiter les personnes infectées. Par exemple, il ne dispose que d’une centaine de lits de soins intensifs pour plus de 30 millions de personnes. Le verrouillage total, en vigueur depuis cinq semaines pour maintenir la propagation à un faible niveau, a déjà de graves conséquences et plonge de nombreuses personnes dans la pauvreté. En outre, des millions de migrants attendent de rentrer depuis le Golfe, l’Inde et l’Asie de l’Est. Beaucoup d’entre eux sont infectés et tous devraient d’abord être mis en quarantaine avant d’atteindre les villages – sans travail ni revenu. Une tâche inimaginable. Les transferts de capitaux privés (envois de fonds) représentent 30 % du produit intérieur brut (PIB). S’ils échouent, cela aura des conséquences macroéconomiques et sociales dévastatrices.

Les « institutions et systèmes » peuvent-ils absorber cela ?

Le fédéralisme encore jeune a un effet positif. Les provinces et les gouvernements locaux font un travail fantastique en organisant des quarantaines, en distribuant de la nourriture, des prestations sociales et en effectuant des recherches.

Par où la Suisse peut-elle commencer pour fournir une aide concrète et rapide ?

Nous avons réagi rapidement et immédiatement. D’une part, nous avons immédiatement adapté tous nos projets aux nouvelles exigences. Par exemple, nous avons contribué à la mise en place de centres d’appel pour les services de vulgarisation agricole et soutenu les lignes d’assistance téléphonique pour les femmes victimes de violence. Nous avons également soutenu l’enseignement à domicile pour les apprentis ou la protection et l’alimentation des migrants dans le Golfe.

En outre, nous avons immédiatement apporté un nouveau soutien dans le cadre de notre stratégie. Il s’agit par exemple des systèmes d’élimination des déchets médicaux et des eaux usées dans les hôpitaux où sont soignés les patients COVID-19, ou encore des travaux préparatoires du gouvernement pour le retour des migrants. Nous avons soutenu les organisations de défense des droits de l’homme qui contrôlent si les personnes victimes de discrimination reçoivent une aide, et nous avons préconisé un soutien financier pour les PME. En collaboration avec les gouvernements provinciaux, nous mettons au point un système de bons pour les agriculteurs afin qu’ils puissent recevoir des aides agricoles. Et puis nous avons immédiatement acheté du matériel médical : des thermomètres, des milliers de kits de protection et aussi 30 000 kits de test COVID-19. Nous les avons remis au gouvernement central et aux provinces. Il est important pour nous de renforcer les structures et les institutions existantes, et non de les remplacer.

La Suisse met en œuvre divers programmes au Népal et soutient des projets dans ce pays. Cela n’entrave-t-il pas la souplesse de réponse à la COVID-19 ? Ou même rendent-ils une aide efficace possible en premier lieu ?

Je pense que nous devons nous éloigner du discours selon lequel « agir rapidement, c’est de l’aide humanitaire » et « agir à plus long terme, c’est de la coopération au développement ». Pour moi, nos actions immédiates – l’achat de matériel et de tests médicaux ou la mise en place de l’élimination des déchets médicaux dans les hôpitaux – sont également une intervention systémique, mais elles doivent être mises en œuvre rapidement. La coopération au développement doit pouvoir être capable d’agir rapidement et avec souplesse – avec un horizon à plus long terme. Nous l’avons toujours fait. Au cours des dernières décennies, le Népal a connu une guerre civile, des changements politiques, des tremblements de terre, puis le changement de système pour devenir un État fédéral. Le pays est donc dans un état de changement permanent. Et nous avons toujours adapté nos programmes dans le sens de « prendre le contexte comme point de départ ». 

Pouvez-vous maintenant appliquer l’expérience que vous avez acquise durant la reconstruction après le tremblement de terre au Népal à la lutte contre la COVID-19 ?

Oui, il y a des leçons importantes qui peuvent aider à combattre la crise actuelle. Premièrement, il a été démontré qu’après le tremblement de terre de 2015, surtout au début, de nombreuses interventions d’aide ont été mises en place, là où l’accès était facile et non, là où il était le plus nécessaire. Malheureusement, une fois de plus, les groupes discriminés ont clairement moins bénéficié de l’aide, car de nombreuses nouvelles organisations n’étaient pas conscientes du contexte. L’absence de concertation a également entraîné de plus amples répercussions et des doubles emplois. Mais ensuite, et c’est exemplaire, le gouvernement a pris la responsabilité de la reconstruction et a garanti les normes et la qualité. D’ici la fin de 2020, le Népal aura achevé près de 90 % de sa reconstruction après seulement cinq ans. C’est unique ! En outre, le pays dispose désormais de structures qui lui permettront de mieux répondre aux futures catastrophes naturelles. Dans la lutte contre la pandémie, ce sont également les structures nationales que nous devons renforcer et non pas ignorer. En matière d’aide sociale, les gouvernements locaux et les partenaires du développement sont désormais conscients qu’ils ne doivent pas écarter les groupes victimes de discrimination. Néanmoins, il est toujours important aujourd’hui de garder un œil sur cette question.

Le DFA a en grande partie terminé les opérations de rappel avec des avions cargos. Y a-t-il d’autres voyageurs suisses dans le pays ? Si oui, comment l’ambassade s’occupe-t-elle d’eux ?

D’une part, il y a des ressortissants suisses qui travaillent ici et qui veulent rester dans le pays. Nous sommes régulièrement en contact avec eux. Ensuite, il y a les touristes qui veulent quitter le pays. La semaine dernière, nous avons de nouveau organisé des bus, qui ont amené plus de 100 personnes à Katmandou. Parmi eux, onze ressortissants suisses qui ont pu prendre un avion le 2 mai dernier. Il y a encore quelques cas diplomatiques pour lesquels nous devons trouver des solutions avec la direction consulaire en siège à Berne.

Fin mars, vous et l’ambassade de Suisse avez fait de gros efforts pour que les touristes suisses et d’autres pays puissent s’envoler vers l’Europe. Comment la coopération avec les autres pays a-t-elle fonctionné ?

C’était un incroyable tour de force. Nous avons pu évacuer environ 90 Suisses avec des vols via l’Allemagne, la France et la République tchèque. Ceux-ci étaient dispersés dans tout le pays et nous avons dû organiser les transports en bus et les vols intérieurs. Cela signifie pendant la fermeture totale, obtenir des permis, informer les autorités, etc. La coordination avec l’UE, puis la coopération concrète avec l’Allemagne, la République tchèque et la France a été excellente et nous leur en sommes très reconnaissants. Les bonnes relations que nous entretenons entre nous sur place étaient bien sûr une condition préalable importante. Heureusement, j’avais suffisamment de bons chocolats et de vin suisse pour les remercier.

Traduction libre