Mission printanière à Lukla

AVR 2016


Nicole Niquille, Roland Tornare et Paul Grossrieder

Etat du bâtiment de l’hôpital

Les travaux intérieurs ont bien avancé et sont réalisés avec soin. Ce sont les salles d’opérations qui ont le plus de retard (accouchement, chirurgie). L’avancement dépendra de l’arrivée du matériel et de équipements.

Lorsqu’on arrive le 8 avril dans la partie ambulatoire, seule l’odeur de térébenthine laisse penser qu’il y a eu des travaux ! Une mosaïque de catelles en camaïeu de blancs pave la réception. Partout flotte une odeur de peinture fraîche et de vernis, les travaux vont bon train.

Le meuble de la réception est brut, il attend sa couche de peinture puis vernis, les classeurs sont disposés sur des étagères neuves, rutilantes.

Lorsqu’on quitte le Népal, début mai, le carrelage est posé dans la dernière salle de consultation.

La reconstruction a permis d’agencer de nouvelles armoires très pratiques et esthétiques dans le corridor du ward et dans le local de stockage.

Les chambres des patients sont aussi en chantier bien qu’une patiente occupe la chambre des femmes.

La chambre des hommes est terminée, dans la salle de bain trône un wc neuf, le patient Russe ne pourra même pas en profiter, il ne peut pas se déplacer !

La chambre privée devrait être réservée uniquement à la permanence des urgences et loger l’infirmière de piquet pendant la nuit. Elle sera agencée en conséquence. Si le network fonctionne, il serait bien d’équiper cette chambre d’un ordinateur en ligne. Une armoire de rangement est née avec la reconstruction. Dans la salle de bain un wc encore emballé attend ses premiers « clients ». La douche, elle, fonctionne j’ai vérifié !

La partie opératoire est en travaux. Poussière, poussière, poussière ! Les panneaux sont posés, les peintres professionnels sont là. Ils déménageront pinceaux et vernis lorsque les chambres des patients et la partie ambulatoire seront terminées.

Le nouveau bloc opératoire, financé par Dr N. et ses amis, attend son carrelage (j’ai vu celui-ci emballé dans des cartons à l’aéroport domestique à KTM).

Il faut vraiment envisager un système de chauffage pour la future salle d’accouchement. Pasang Lhamu le répète à Paul. La commission de construction s’en occupe.

Les accouchements ont lieu dans la 1ère salle de consultation à gauche en arrivant, je trouve la pièce « bonne » chaude, Pasang Lhamu me rétorque que oui, mais les odeurs et les bruits incommodent les patients en attente et la vue du placenta qui passe dans le corridor n’est pas des plus hygiéniques !!!

Centrale électrique

Le soleil nous accompagne au grand dam de mes porteurs. J’emprunte pour la 1ère fois le pont métallique bleu qui permet de traverser le torrent en sécurité : vraiment pas un luxe.

La pièce abritant la turbine est propre, le livre de maintenance quotidiennement complété. Sumita, la fille ainée du responsable Mankazi nous prépare du café. Le jardin, planté de patates et de carottes, est bien tenu. Un chien garde la maison. Mankazi est très fier qu’on s’intéresse à sa centrale électrique et heureux qu’on lui rende visite.

Félix et Paul descendent vers la rivière l’après-midi. D’abord ils se rendent à la centrale du village qui se trouve un peu plus haut que celle de l’hôpital.

Dans la rivière ils constatent qu’à la prise d’eau un des gabions est fortement endommagé et qu’il devra être refait après la mousson.

Ils suivent ensuite le canal jusqu’à la centrale de l’hôpital. A part un endroit signalé par Félix à Mankazi, le canal est bien entretenu et propre.

En dessous de la centrale de l’hôpital, Félix estime indispensable, pour reconduire l’eau turbinée vers la rivière, de construire un réservoir en pierres et ciment et de consolider avec du ciment les piliers qui soutiennent la conduite. Six sacs de ciment ont été commandés à Pasang Kazi par l’intermédiaire de l’administratrice Pasang Lhamu.

To do et souhaits building à Lukla

  • Terminer la reconstruction de la partie opératoire.
  • Système de chauffage dans la salle d’accouchement.
  • Révision complète de la centrale électrique et de ses dépendances.
  • Formation de jeunes professionnels de l’électricité de Lukla par un expert envoyé par la fondation pour les installations solaires du village. Ce pourrait être un début de collaboration entre l’hôpital et Lukla.

Situation médicale de PLNNH

Comme toujours le Dr Krishna C., médecin chef de l’hôpital, est accueillant et souriant. Il confirme qu’il est prêt à prolonger son séjour à Lukla « jusqu’à sa retraite » dit-il.

Quand on lui demande quelles formations complémentaires seraient prioritaires pour l’hôpital le Dr K.C. répond : l’obstétrique et la gynécologie. Une infirmière pourrait suivre une formation en obstétrique à Katmandou. Enfin il serait utile d’avoir pour une période un expatrié gynécologue qui pourrait faire de l’enseignement au personnel médical.

Laboratoire

Le nouvel équipement fonctionne bien.

Dr K.C. aura prochainement un nouveau contact avec un spécialiste des laboratoires d’analyses à Katmandou pour mettre sur pied une collaboration avec l’hôpital de Lukla.

Ophtalmologie

L’hôpital a fait un arrangement avec Dr Pushpa Basnet de Phaplu qui vient à Lukla deux fois l’an pour des consultations d’ophtalmologie.

Un premier camp après les tremblements de terre a lieu du 23 au 26 mai 2016.

Pharmacie

La pharmacienne a fait une démonstration de son programme informatique Tally pour la gestion des stocks de médicaments et les données médicamenteuses des patients. Elle le maîtrise bien et l’amélioration de la gestion est évidente. Niru a mis à jour les données jusqu’au 20 février 2016. Elle se fait fort d’avoir rentré toutes les données lorsque Dr Patricia viendra cet automne !

Programme de détection des cancers de l’utérus

Celui-ci a été initié par Dr Patricia en collaboration avec la NFCC (Nepal Fertility Care Center) et aura lieu à la fin de l’année 2016 à PLNNH et dans toute la vallée.

On rencontre Pema Lhaki avec Dr Sarita et Pasang Kazi le 30 avril. Les détails pratiques sont revus selon le plan préparé par Dr Patricia tels que formation de personnel médical local, dates, programme et confirmation du budget.

Des infirmières seront envoyées dans les foyers pour approcher les femmes, les convaincre de la nécessité d’une détection et informer de ce camp gratuit à PLNNH.

Deux cents à cinq cents femmes sont attendues pendant ce camp.

Il est intéressant de noter que six membres du personnel médical viennent en 2016 du Solukhumbu. 

To do medical

  • Installer un système de facturation digital pour la pharmacie et l’OPD . Le directeur Pasang Kazi est favorable, il va donc chercher un programme adéquat à Katmandou.
  • Demande d’une machine de radiologie digitale. Renseignements seront pris auprès de la commission médicale en Suisse qui étudiera aussi la faisabilité technique de cette requête à l’hôpital. 
  • Camp HPV
  • Docteur expatrié avec connaissances en gynécologie/obstétrique
  • Formations continues du personnel médical

Entretiens avec diverses personnes du comité local à Lukla

Tous sont extrêmement positifs lorsqu’ils parlent de PLNNH. Ils vantent aussi les qualités de toute l’équipe actuelle et s’attardent sur la personnalité charismatique du Dr K.C.

Ils disent et redisent MERCI à la fondation pour la reconstruction de « leur » hôpital.

Rencontres et visites à Katmandou

Son Excellence, Monsieur l’ambassadeur de Suisse Urs Herren.

Madame Dragana Kojic cheffe de délégation au CICR et le responsable népalais des activités médicales.

Jalbari, dans le district de Sindhupalchok

Départ matinal avec Kazi, Mingma et Tchimi pour 80 km de route assez bosselée. Sur le parcours, nous pouvons observer les différences de dégâts du tremblement de terre selon les districts. Le pire étant dans ce que nous traversons, l’est de KTM et le district de Sindhupalchok.

Un peu après la mi-parcours, nous sommes rejoints par Deepak, Raju son frère, Rupika sa fille et Willi Müller.

Au bout de 4h de route nous empruntons une route de montagne très caillouteuse avec une belle pente non asphaltée dans un véhicule 4×4. Après 20’ de grimpe, nous sommes stoppés par une cinquantaine d’enfants de l’école en uniformes qui applaudissent sur deux rangs notre arrivée, chacun nous offre une fleur de bougainvillier. Moment très émouvant

Puis nous avons repris notre progression pour encore un quart d’heure et là ce sont les hommes du village très dispersé et isolé qui nous accueillent au son d’instruments traditionnels (offerts par Karine Moix après le tremblement de terre). Ce cortège nous escorte sur 200m. Là nous attendent aussi les femmes pour une cérémonie d’accueil avec les invités sous un abri ad hoc très appréciable vu la chaleur et le soleil.

Dès la fin des discours de Deepak et d’un ou deux citoyens importants, nous avons compris qu’il y a quelques divergences entre les propriétaires de terrains où devrait se construire la maison communautaire. Deepak nous montre ensuite le terrain prévu à la construction qui desservirait plusieurs villages de montagne.

Une chose est certaine : le choix de Jalbari par la FNN pour un soutien spécial est mille fois justifié par l’isolement du village, sa pauvreté et par les dégâts du tremblement de terre. A part les abris et des tentes provisoires nous n’avons pas vu le moindre signe de reconstruction définitive, à part l’école. Sans l’avoir vue, il est presque impossible d’imaginer la situation de ce village « construit » sur des pentes très raides.

Mais nous n’avions pas encore vu le pire. Après le repas, Kazi nous emmène jusqu’à 30km de Khodari (frontière avec le Tibet). Là nous pouvons observer l’incroyable : un pan de montagne comme un quart du Moléson est descendu sur la route et dans la rivière, emportant tout sur son passage, des maisons, des personnes et la route elle-même. La voiture s’est d’ailleurs ensablée et nous avons dû faire demi-tour. La route est en fait bloquée jusqu’à la frontière tibéto-chinoise. Une désolation qui dépasse les mots et l’entendement.

Le retour sur KTM se fait avec la tête remplie en même temps de l’enthousiasme de la population montagnarde de Jalbari et des images de fin du monde que nous avons vues.

On se demande où les Népalais vont chercher l’énergie pour se relever.